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Les infusions de la maison E

C’est passionnant de continuer de créer la collection de la maison E ! Composer la maison idéale : se concentrer sur le nécessaire, des objets quotidiens, des soins essentiels et des plaisirs simples. Imaginer un ensemble, un trousseau, valorisé par des compositions entièrement naturelles et une fabrication artisanale dédiée à chaque création. Réflechir au plaisir d’être chez soi, aux formes qui nous entourent, aux textures, aux odeurs... et aux goûts. 

C’est tout l’objet de cette nouvelle création : des infusions. J’ai eu grand plaisir à imaginer ces mélanges de fleurs et de feuilles séchées, aidée par ma formation en phytothérapie. Je suis très heureuse de me lancer dans une aventure purement végétale, sans transformation. C’est une leçon d’humilité, il ne nous faut pas grand chose pour être en contact la nature : ses couleurs, ses goûts, ses parfums. Nous avons besoin de peu pour que ce soit bon et beau. 

 

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Pour enrichir cette aventure, j’ai souhaité collaborer avec Jennifer Hart-Smith, fondatrice de Tookies, qui associe naturopathie et pâtisserie et donne naissance à des desserts incroyablement beaux et délicieux. Jennifer développe activement la pâtisserie consciente et insuffle dans ses créations tout l’attachement à la nature que lui a transmis sa grand-mère australienne. Le végétal est primoridal dans son travail. Jennifer est rayonnante et inspirante, elle pose un nouveau regard sur le plaisir de manger sain. Ce fût une grande joie qu’elle accepte de créer l’infusion PRAIRIE pour la maison E.

Pour parfaire cette collection, la maison E collabore également avec la boissellerie Lucie Nevers pour la réalisation artisanale de pinces faites à partir de chutes de bois issues de forêts et de jardins français. Lucie façonne minutieusement chaque pince afin de leur donner un caractère unique. Ces créations lui pernettent de ne rien perdre de ses chutes de cerisier, érable plane, chêne des marais, pommier, pêcher de vigne... De vrais trésors pour garder nos sachets d’infusion bien fermés !

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Avec AMOUR, CHEMIN et PRAIRIE, les trois infusions de la maison E,  je vous propose de boire un brin de nature, de prendre un moment pour vous et de les savourer. Installez-vous confortablement et jetez une généreuse pincée d’infusion dans votre tasse d’eau chaude. Maintenant, découvrez Jennifer dans cet entretien qui en dit long sur son authenticité, sa sensibilité et sa passion pour la nature. 

 

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Jennifer, quel rapport avais-tu avec la nature quand tu étais enfant?

Un mélange de fascination, de peur et de plaisir. J’ai eu la chance de grandir dans une famille française et australienne qui valorisait la nature. Ils m’incitaient à l’explorer avec les précautions necessaires : pas le droit de creuser la terre du jardin en Australie pour éviter de croiser une funnel web (une araignée mortelle) mais à part ça, tout était autorisé!

La rencontre avec la nature se faisait par le corps, pas par la tête. La pluie etait considérée aussi bénéfique que le soleil et la saleté était relative. Ma grand-mère avait un immense jardin. J’ai toujours su que la nature etait là bien avant moi, qu’elle avait ses trésors et ses dangers. Je ne l’aimerais pas autant si je n’avais pas construit ce lien charnel dès l’enfance. C’est pour cela que je pense qu’il est difficile de sensibiliser les enfants à l’écologie sans leur mettre les pieds dans le sable ou dans la terre. Si on ne leur raconte pas tout ça par les sens cela restera un concept abstrait.

 

C’est pour toi et moi une évidence et une responsabilité de protéger l’environnement et d’inspirer de nouveaux modes de vie plus sains et respectueux de la nature. As-tu toujours réussi à allier valeurs personnelles et vie professionnelle?

Pas toujours non, et je trouve important de le souligner. Il y a eu des moments de ma vie ou ce lien etait moins évident. Je pense notamment à des moments de construction comme l’adolescence. Ma grand mère Australienne me parlait des fleurs de son jardin et secrètement je ne pensais qu’à retrouver mes potes et aller m’amuser à la plage. Je voulais me sentir valorisée socialement. Ma priorité était d’être acceptée au sein d’un groupe et j’avais honte de retrouver des fleurs comestibles dans ma lunch box, c’était plutôt perçu comme un signe de bizarrerie à l’ecole! Déjà qu’on me voyait comme la fille qui mangeait des escargots...

Il y a aussi eu un moment dans la vie ou j’ai eu envie de gagner de l’argent, un besoin d’être autonome, d’avoir de beaux vêtements, de conquérir le monde par une forme de réussite sociale et matérielle. Puis de me faire une place à Paris où j’avais l’impression de n’être personne. Mais j’ai compris assez jeune que personne ne m’attendais, je croyais alors que le travail était la seule voie pour y arriver et à ce moment là, la nature est devenue secondaire, conceptuelle, dissociable.

Ce besoin de réussite, je l’avais identifié comme une priorité pour être libre et à ce moment la nature ne comptait pas tant mais ce lien est revenu de manière urgente comme une grosse claque! Après avoir passé des journées entières devant l’ordinateur, à vivre en ville, m’être sentie malheureuse, seule, avec ce sentiment d’insatisfaction comme une jauge qui ne se remplit pas, cela questionne énormément. Puis je suis devenue mère, j’ai petit à petit remis de la distance avec la ville pour me mettre au vert. J’ai alors pu observer des changements en moi et retrouver la joie! Je suis convaincue que pour protéger la nature, il ne faut pas s’en dissocier. On peut lire tous les livres que l’on veut sur l’écologie, c’est par les sensations du corps que cela passe. Cette urgence de reconnection, on l’a tous quelque part dans nos cellules avant de l’avoir dans nos têtes.

 

De quelle manière te sens-tu connectée à la nature?

Je me sens complètement connectée à la nature par mes sens. Pour moi, il n’y a pas de mémoire plus puissante que l’olfactif. Mes larmes peuvent se mettre à couler juste parce que pendant une nano seconde un parfum me renvoie à mon enfance. La complexité des émotions passent uniquement par les sens. C’est en nous, nous n’avons rien d’autre à faire qu’être et ressentir. 

 

Le monde va vite et nous demande trop souvent d’optimiser notre temps. Lorsque la vie s’accélère et que tu sens ton équilibre t’échapper, comment y reviens-tu? 

C’est un travail de chaque jour! J’écoute mon ventre. J’ai fait un burn out, il y a deux ans, juste après mes études de naturopathie... contradictoire n’est ce pas? Aujourd’hui, je reconnais tout de suite les signes de stress corporel. Il me serait impossible de re-fonctionner comme avant, mais c’est peut être une chance finalement de ne plus pouvoir "fonctionner" mais plutôt de penser en premier temps, puis d’agir en second temps! Aujourd’hui, quand je commence à ressentir de la noirceur, que je ne supporte plus les gens, les bruits, la pollution, que mes intuitions me disent une chose et que je fais l’inverse et par conséquent que je me plante, je sais qu’il est temps d’aller se cacher en Aveyron. Je sais qu’il est temps pour moi de vite mettre mes pieds dans l’herbe! Le problème c’est que le besoin de fuir la ville devient de plus en plus omniprésent pour moi.

Sinon dans ma vie professionnelle, cela passe par ne plus accepter des deadlines imcompressibles, savoir dire non plus souvent, prioriser ma famille, mes enfants, accepter que mon entreprise reste à echelle humaine. La priorité est juste de pouvoir en vivre et payer mes charges. Passer à côté d’opportunités professionnelles n’est plus du tout une angoisse pour moi aujourd’hui. 

 

Nous faisons partie du monde vivant et la terre n’est pas une ressource, c’est notre source. Comment choisis-tu les ingrédients avec lesquels tu travailles?

C’est à la fois simple et compliqué. Je chemine dans un métier, la pâtisserie, qui a complètement mis de côté ces reflexions-là. Réfléchir et remettre tout en question, tout à plat par le prisme de la nature, du mieux être et de l’écologie est fascinant et il y a beaucoup à faire. La naturopathie m’a donné une base essentielle de réflexion en ré-integrant les notions de saison, de terroir, de cultures locales, de rapports humains et de santé. Il est difficile de trouver des ingrédients qui cochent toutes les cases. Mais déja, remettre du vivant, du bon sens dans mes préparations et choisir des ingrédients les moins transformés et les plus complets possible est très important pour moi. 

Il y a des ingrédients qui sont nutrionnellement très intéressants mais écologiquement désastreux. Je déplore cette façon de s’engouffrer dans un ingrédient au profit d’un autre par le seul prisme de la santé comme si la santé etait dissociable de la nature. Je pense à l’avocat ou la noix de cajou... On les encense, sans connaître les moyens de production qui sont loin de nous pour finir par vite se rendre compte que c’est en fait un désastre écologique et humain. Un gâteau 100% naturopathique serait 100% coco? Mais la coco ne pousse pas chez nous, ça n’a pas de sens. Je l’adore en Australie mais ici en France, je lui préfère le colza, l’huile de noix, le beurre clarifié. Je préfère aussi le miel ou la mélasse au profit du sucre blanc ou bien encore le sarrasin et les farines de seigle, d’orge, de chanvre de riz complet de camargue au profit du blé. C’est un terrain créatif sans limites. Les anciens le faisait déja si bien! 

 

Quel rapport as-tu avec les saisons?

Les saisons c’est l’apprentissage de l’humilité et de la joie en même temps. Accepter les petites morts de l’hiver, le vide, naviguer et sonder la boue des profondeurs, renaître et émerger au printemps. Plus jeune, je n’aimais pas trop l’hiver et c’est toujours étrangement compliqué pour moi chaque année. Je suis une fille de l’été! Mais dans mon travail, les saisons sont une évidence. Et même si les moyens de conservation sont une grande avancée, il faut que la fermentation, les conserves en bocaux, la congélation soient au service de l’humain et de la santé et non au service de dérives commerciales. Les purées de fruits congelées industrielles parce que c’est plus pratique... c’est non pour moi!

 

Pourquoi as-tu accepté de réaliser une infusion pour la maison E?

J'ai d’abord accepté cette collaboration parce que je suis cliente de la maison E et j'adore toute la démarche en amont. Puis, l'occasion de travailler avec les plantes me donne toujours beaucoup de joie!

 

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Photos Studio Caroline Gomez

 

le journal de la maison E

L’observatoire

La nature n’est pas un décor mais un ensemble vivant bien plus grand que nous et dont nous faisons partie. Quoi de mieux qu’un observatoire pour apprendre à connaître le monde vivant et à le comprendre? Nos actions affectent tous les éléments de cet ensemble qui à leur tour nous affectent aussi. Prendre conscience de cela nous amène à changer nos modes de vie. Au fil des articles, je partage avec vous mon cheminement et les rencontres qui m’éclairent. 
 
Les infusions, rencontre avec Jennifer Hart-Smith
Conte d’automne, vivre en accord avec les saisons
Faire son pain, les mains dans la pâte
Julie Pointer Adams, Wabi-Sabi Welcome
Faire soi-même, mes recettes de produits naturels
L’été sans fin, une prise de conscience qui fait du bien
 

 

dans la bibliothèque de la maison E

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